Les compléments alimentaires pèsent désormais 3 milliards d'euros sur le marché français en 2025, selon Synadiet. Le marché a progressé de +2,6 % par rapport à 2024 et dépasse pour la première fois cette barre symbolique. L'année précédente affichait déjà 2,9 milliards d'euros avec un chiffre d'affaires de 2,9 Md€ en 2024, soit une évolution de +5,7 % par rapport à 2023. Ce n'est pas un pic saisonnier. C'est un déplacement structurel de la demande vers la prévention, et l'officine en capte la plus grande part.
Les pharmacies restent largement en tête, avec 55 % des parts de marché en 2024, enregistrant une croissance de +8 % par rapport à 2023. En valeur absolue, cela représente 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires généré par le canal officinal, avec une croissance de +8 % en valeur et de +7 % en volume. Rapporté au chiffre d'affaires global du réseau officinal, le segment pèse 6,2 % selon les données GERS/Cegedim, une contribution équivalente à celle des dispositifs médicaux remboursables.
La pharmacie porte 77 % de la croissance du secteur. Le Quotidien du Pharmacien relève que le nouveau consommateur entre toujours sur le marché des compléments alimentaires par l'officine, parce qu'il recherche le conseil du pharmacien en qui il a confiance. C'est un avantage structurel. Il ne se maintient que si le conseil reste à la hauteur de la sophistication croissante de la demande.
La structure économique de ce segment mérite un regard précis. Les pharmacies pratiquent généralement des marges commerciales de 35 % à 45 % sur le prix d'achat fournisseur. Cette marge rémunère le conseil professionnel et la confiance accordée par les consommateurs. À comparer avec les 6,93 % de marge réglementée sur les médicaments remboursés et les 30 à 40 % sur les non remboursés, selon les données compilées par Modèles de Business Plan.
Les écarts entre laboratoires sont significatifs. On observe des marges sur facture allant de 24 % pour Urgo à 34 % pour NHCO, avec Pileje et Cooper un cran au-dessus avec 30 et 29 % et une moyenne du segment autour de 28 % sur facture. La marge réelle dépend donc du mix laboratoires et du positionnement tarifaire de chaque officine. C'est un arbitrage actif, pas un automatisme.
La dynamique des sous-segments renforce cette lecture. Les produits de la mer, notamment le collagène, enregistrent une progression notable de +31,4 %. Les huiles essentielles (+16,9 %) et les produits de la ruche (+15,5 %) suivent également. Les catégories qui tirent la croissance sont aussi celles qui permettent un positionnement premium et donc un levier de marge réel, à condition de les accompagner d'un conseil structuré.
En 2024, 61 % des Français consomment des compléments alimentaires et 77 % des consommateurs en consomment plusieurs fois par an. En 2018, seulement 46 % des Français consommaient des compléments alimentaires. Cette progression de 15 points en six ans signale un basculement vers une consommation récurrente et segmentée.
Les pharmaciens eux-mêmes en sont convaincus. L'observatoire Toluna Harris Interactive pour Synadiet révèle que plus de 90 % des pharmaciens considèrent les compléments alimentaires comme efficaces, sûrs et complémentaires aux médicaments. 99 % des pharmaciens conseillent des compléments alimentaires, et 87 % notent une augmentation de leur conseil au cours des dernières années. Cette donnée est doublement importante : elle traduit un ancrage dans la pratique quotidienne, et elle expose à un risque si le référencement ne suit pas la qualité du conseil.
L'enquête 2023 de la DGCCRF, publiée en novembre 2025 et relayée par l'Ordre national des pharmaciens, pose un constat net. 270 établissements ont été contrôlés. Des anomalies ont été rencontrées pour le tiers d'entre eux, allant d'une mention d'étiquetage à rectifier, à la présence d'allégations interdites ou fausses et aux écarts entre les dosages annoncés et les dosages réels.
Les analyses en laboratoire ont été particulièrement révélatrices sur certains nutriments. La DGCCRF a observé un taux d'anomalies de 38 % sur le magnésium. Les suites ne sont pas symboliques : cette enquête a donné suite à 71 injonctions, 25 procès-verbaux pénaux et 5 procès-verbaux administratifs.
Pour l'officine, l'enjeu est direct. Un produit non conforme dans le rayon, c'est un risque de réclamation client, un risque en cas de contrôle, et surtout une atteinte à la crédibilité du conseil. 60 % des compléments alimentaires destinés exclusivement aux enfants se révèlent non conformes. Un pharmacien qui référence sans auditer s'expose sans le savoir.
L'arbitrage est clair : les compléments alimentaires sont un levier de marge réel, mais un levier conditionnel. Conditionné à la qualité du référencement, à la rigueur du conseil, et à la capacité à anticiper les mouvements réglementaires.
L'action concrète : extraire de votre logiciel la liste des 20 premières références compléments alimentaires par volume de ventes sur les 12 derniers mois. Pour chacune, vérifier trois éléments : la conformité des allégations affichées avec la réglementation en vigueur, l'existence d'un dossier de traçabilité accessible chez le laboratoire fournisseur, et la cohérence entre les dosages annoncés sur l'étiquetage et les autocontrôles documentés. Les références qui ne passent pas ce filtre doivent être arbitrées avant le prochain passage de commande. Ce travail d'une demi-journée dégage une vision précise du risque, et du potentiel réel, de votre rayon.