Un titulaire ne peut être physiquement présent que dans une seule officine à la fois — alors quand il en pilote deux ou trois, la question n'est plus « qui décide » mais « qui décide quand je ne suis pas là ».

Le multi-officine n'est plus une exception dans le paysage officinal. La réglementation elle-même l'a anticipé : un pharmacien titulaire peut désormais détenir des participations, directes ou indirectes, dans jusqu'à quatre sociétés d'exercice libéral de pharmaciens d'officine en plus de celle où il exerce1. De quoi transformer, pour un nombre croissant de titulaires, un métier de proximité en un métier de management à distance.

Sur les 19 990 officines en activité en France, 82 % restent aujourd'hui indépendantes2 — mais cette part recule mécaniquement à mesure que les structures multi-sites se développent. Reste que la loi encadre la détention capitalistique ; elle ne dit rien de la façon dont on manage une équipe qu'on ne voit pas tous les jours.

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Ce que la loi encadre — et ce qu'elle laisse à votre organisation

Le cadre réglementaire du multi-officine porte sur la détention capitalistique, pas sur le management d'équipe : chaque officine garde son pharmacien responsable, et le titulaire reste pharmaceutiquement responsable de chacune, qu'il y soit présent ou non. La convention collective nationale de la pharmacie d'officine (IDCC 1996) s'applique identiquement, site par site, quel que soit le nombre d'officines détenues.

C'est donc à l'organisation interne — et à elle seule — de répondre à la question qui se pose dès le deuxième site : qui tranche un désaccord de planning, qui valide une absence, qui répond à une urgence RH quand le titulaire est occupé ailleurs ?


Le pharmacien adjoint, premier relais naturel — mais pas automatique

Le pharmacien adjoint peut se voir déléguer des activités de management sur un site3, gérer l'officine en l'absence du titulaire3, et devenir, dans les faits, le référent quotidien d'un site que le titulaire ne visite que ponctuellement. Cette délégation existe déjà dans de nombreuses officines multi-sites — le problème n'est pas son absence, mais son caractère souvent informel : elle repose sur une confiance orale, rarement documentée, et peu lisible pour le reste de l'équipe.

Un « office manager », bras droit du titulaire sur les sujets d'entreprise, peut également structurer cette délégation lorsque l'organisation grandit4 — un rôle distinct de celui du pharmacien adjoint, centré sur l'organisationnel plutôt que sur l'acte pharmaceutique.


Le signal qui ne trompe pas : un titulaire qui reste l'unique point de décision

Multi-site sans délégation claire

Chaque décision — planning, absence, litige entre collègues — remonte au titulaire, où qu'il soit ce jour-là. Les équipes attendent une réponse qui tarde, les urgences RH s'accumulent, et le titulaire finit par arbitrer dans l'urgence, sans recul.

Multi-site organisé

Un référent identifié par site — adjoint ou office manager — a une délégation écrite et connue de l'équipe sur les décisions du quotidien. Le titulaire garde la main sur les arbitrages stratégiques, mais n'est plus le seul point de passage pour chaque question RH.

Structurer vos équipes sur plusieurs sites, c'est sortir du pilotage à distance improvisé.

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Mutualiser une équipe entre deux sites : ce qui se planifie, ce qui se contractualise

Faire tourner un même salarié entre deux officines d'un même titulaire peut répondre à un besoin réel de flexibilité, mais cela ne s'improvise pas : le contrat de travail doit préciser les lieux d'exercice, et l'organisation des temps de trajet entre sites reste un sujet à traiter explicitement, pas un simple ajustement de planning. Sur ce point, la vigilance porte moins sur un texte spécifique que sur la cohérence entre le contrat signé et la réalité du terrain — un décalage entre les deux est souvent ce qui remonte en premier lors d'un contrôle ou d'un contentieux.


3 questions à se poser en passant à plusieurs sites

  • Qui décide en votre absence ?
    Formaliser, par écrit, la délégation donnée à un adjoint ou à un office manager sur chaque site — pas seulement à l'oral.
  • Les plannings sont-ils centralisés ?
    Un outil unique de visibilité sur les plannings des différents sites évite les doublons, les oublis et les arbitrages de dernière minute.
  • La mutualisation d'équipe est-elle contractualisée ?
    Vérifier que les contrats des salariés partagés entre sites reflètent bien la réalité de leur affectation et de leurs déplacements.

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Sources

  1. Ordre national des pharmaciens, Guide de référence du pharmacien adjoint, 3ᵉ édition, septembre 2025 (article L. 5125-17-1 du Code de la santé publique).
  2. Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (CNOP), panorama démographique, 2024.
  3. OMPL, Pharmacien adjoint, fiche métier ; FSPF, Fiche métier et formation Pharmacien adjoint d'officine, 2024.
  4. Team Officine, Les métiers de la pharmacie d'officine, 2024.
Olivier Spaeth
Olivier SpaethMédiprix