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Déployer les nouvelles missions sur 2 ou 3 pharmacies

Rédigé par Olivier Spaeth | Jul 31, 2026, 9:37:08 AM

Une seule officine, une seule méthode de bilan de médication, et déjà ce n'est pas si simple. Alors sur 2 ou 3 pharmacies, comment éviter que les nouvelles missions ne deviennent trois façons différentes de faire, trois niveaux de formation, et zéro pilotage d'ensemble ?

Vaccination, TROD, entretiens pharmaceutiques, bilans partagés de médication, renouvellement de traitements chroniques : le périmètre du pharmacien d'officine s'est considérablement élargi depuis 2025. Sur une officine unique, le titulaire porte le sujet seul, forme son équipe, ajuste au fil de l'eau. Sur un groupement de 2 ou 3 pharmacies (surtout quand elles n'ont pas la même taille d'équipe, ni le même bassin de patientèle), le déploiement devient un vrai projet de coordination, pas une simple note de service.

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Un déploiement encore très inégal, même à l'échelle d'une seule officine

Avant de parler de multi-officines, un chiffre suffit à cadrer l'ampleur du chantier : seuls 12 % des pharmaciens réalisent aujourd'hui des entretiens pharmaceutiques de façon régulière1. À l'inverse, les missions les plus anciennes et les mieux rodées affichent une adhésion quasi totale : plus de 90 % des officines participent aux campagnes de vaccination et 99 % sont engagées dans le dépistage du cancer colorectal2. Autrement dit, l'écart ne se joue pas sur la volonté des équipes, mais sur la maturité du process : ce qui est routinisé fonctionne, ce qui reste artisanal patine.

Sur un groupement de plusieurs pharmacies, cet écart se démultiplie. Chaque officine a sa propre histoire, son propre niveau d'appropriation des entretiens, ses propres habitudes de traçabilité dans le dossier pharmaceutique. Sans cadre commun, le titulaire se retrouve avec trois vitesses différentes, et trois risques de non-conformité différents.

Pourquoi la 2e ou la 3e officine change la donne

Le co-titulariat et les groupements structurés (à l'image des réseaux comme Ceido) se développent précisément parce qu'ils permettent de mutualiser moyens et bonnes pratiques face à un contexte économique tendu3. Mais cette mutualisation ne s'improvise pas sur les nouvelles missions : le titulaire responsable de plusieurs officines reste, par définition, garant de l'exécution et du maintien des bonnes pratiques pharmaceutiques officinales sur chaque site4. Sans procédure harmonisée, cette responsabilité devient difficile à assumer concrètement : comment vérifier que l'entretien AVK est mené de la même façon dans l'officine du centre-ville et dans celle de la zone rurale à 20 minutes de route ?

La difficulté est renforcée par la tension sur le recrutement : de nombreuses officines, en particulier en zones rurales, peinent à recruter des adjoints ou des repreneurs diplômés, ce qui réduit directement la capacité humaine disponible pour porter les nouvelles missions5. Sur un groupement, cette tension ne se répartit pas forcément de façon égale entre les sites : une officine peut avoir une équipe stable et formée, l'autre tourner avec des remplaçants, ce qui fragilise justement le site qui aurait le plus besoin d'un cadre clair.

Sans procédure de groupement

Chaque officine adapte à sa main les entretiens, la traçabilité varie d'un site à l'autre, la formation dépend de la bonne volonté locale, et le titulaire découvre les écarts a posteriori, souvent lors d'un contrôle.

Avec un cadre commun

Un même protocole d'entretien, un même support de traçabilité dans le LGO, un plan de formation partagé entre les sites, et un pilotage centralisé qui repère les écarts avant qu'ils ne deviennent des non-conformités.

Ce que change le numérique, à condition de l'outiller correctement

La vague 2 du Ségur du numérique en santé facilite déjà la vie des équipes, en particulier via l'accès au Dossier Médical Partagé directement depuis le logiciel de gestion officinale6. Mais cet outillage reste insuffisant tant que les éditeurs de LGO n'intègrent pas nativement des trames et guides pour les entretiens, les bilans de médication ou les protocoles de dispensation7. Sur un groupement, c'est justement ce type d'outil partagé (trame d'entretien identique, notifications communes sur les rappels vaccinaux) qui permet de faire tenir la cohérence entre les sites sans multiplier les réunions de coordination.

C'est aussi pour cette raison que la formation continue reste un levier central : plusieurs groupements incitent déjà leurs adhérents à se former à l'ensemble des vaccinations autorisées, précisément pour uniformiser le niveau de compétence entre officines d'un même réseau8.

Trois officines, trois plannings différents, un même casse-tête chaque semaine : l'IA peut reprendre la main sur la répartition des créneaux d'entretiens et de vaccination.

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L'angle réglementaire : qui répond de quoi, sur quel site

Quand plusieurs pharmaciens titulaires coexistent sur un même groupement, l'un d'entre eux doit être désigné responsable pour les formalités administratives liées à l'enregistrement de l'exercice, et les tâches de chacun doivent être précisées dans le manuel de qualité puis communiquées à l'ensemble de l'équipe officinale9. Cette exigence, pensée à l'origine pour le co-titulariat classique, prend tout son sens dès qu'on l'applique aux nouvelles missions : qui valide le protocole d'entretien pharmaceutique sur chaque site, qui suit les indicateurs de déploiement, qui remonte les difficultés au niveau du groupement ?

Sur le plan des opérations de regroupement elles-mêmes, la prudence reste de mise : les regroupements d'officines représentaient près de 10 % des fermetures du réseau en 202510, et un arrêté d'ARS autorisant un regroupement peut être attaqué dans un délai de soixante jours, ce qui peut retarder d'autant l'unification effective des équipes et des process11. Autant l'anticiper dans le calendrier de déploiement des missions plutôt que le découvrir en cours de route.

Checklist avant de lancer le déploiement sur vos officines

  • Un protocole unique par mission ?
    Chaque entretien (asthme, AVK, diabète, anticancéreux oraux…) doit suivre la même trame sur chaque officine du groupement, pas une version par équipe.
  • Une traçabilité centralisée ?
    Le suivi des entretiens et bilans doit être consultable au niveau du groupement, pas seulement dans le dossier pharmaceutique de chaque site pris isolément.
  • Un plan de formation commun ?
    Vaccination, TROD, entretiens : la montée en compétence doit être planifiée pour l'ensemble des équipes, pas laissée à l'initiative de chaque officine.

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Sources

  1. Innovapharm Formation, Nouvelles Missions du Pharmacien 2025 : Le Guide Complet, citant la Cour des comptes, décembre 2025.
  2. Cour des comptes, données citées par Innovapharm Formation, Nouvelles Missions du Pharmacien 2025 : Le Guide Complet, décembre 2025.
  3. Ceido, Pharmaciens : de nouvelles missions et de nouveaux outils pour l'officine, septembre 2025.
  4. UPHOC, Le co-titulariat en pharmacie.
  5. Extencia, Pharmaciens en 2025 : leurs nouvelles missions expliquées, septembre 2025.
  6. Smart Rx, Les principaux facilitateurs des nouvelles missions en officine, novembre 2025.
  7. Smart Rx, Les principaux facilitateurs des nouvelles missions en officine, novembre 2025.
  8. Smart Rx, Les principaux facilitateurs des nouvelles missions en officine, novembre 2025 (exemple du groupement Mutualpharm).
  9. UPHOC, Le co-titulariat en pharmacie.
  10. Le Moniteur des pharmacies, Regroupements d'officines : un levier stratégique sous conditions, citant le réseau CGP, mars 2026.
  11. Le Moniteur des pharmacies, Regroupements d'officines : un levier stratégique sous conditions, mars 2026.