Un titulaire ne peut être titulaire que d'une seule officine : alors comment font ceux qui en pilotent trois ?
Passer d'une à plusieurs officines n'est pas qu'une question de trésorerie ou d'ambition. C'est d'abord une question de structure juridique et de territorialité : le Code de la santé publique encadre strictement qui peut détenir quoi, et où une nouvelle officine, ou le transfert d'une officine existante, peut légalement s'implanter.
Voici les règles à connaître avant de vous lancer sur un deuxième ou un troisième site.
📍 Checklist Évaluer une officine à reprendre : les 4 axes à vérifier avant de vous positionner sur un nouveau site.
Télécharger la checklist →Un titulaire, une officine : le principe qui structure tout montage multisite
Le principe est clair et ne souffre pas d'exception directe : un pharmacien titulaire associé d'une société d'exercice libéral exploitant une officine ne peut exercer sa profession qu'au sein de la société dont il est titulaire1. Concrètement, vous ne pouvez pas être personnellement titulaire de deux officines en même temps. Pour piloter plusieurs sites, chaque officine reste rattachée à son propre titulaire (souvent un pharmacien associé ou un confrère), et c'est la structure au-dessus, la SPFPL, qui relie l'ensemble.
Depuis l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, une SPFPL peut détenir la majorité, voire la quasi-totalité du capital d'une SEL de pharmaciens (des montages à 95 % sont documentés en pratique)2, à condition que la SPFPL elle-même reste détenue à plus de 50 % par des pharmaciens en exercice dans la SEL concernée3. Ce point mérite d'être vérifié au cas par cas avec un avocat spécialisé : le texte prévoit explicitement que certains assouplissements de cette ordonnance, applicables à d'autres professions libérales, ne s'appliquent pas aux sociétés d'exercice libéral de pharmaciens d'officine1.
La détention reste par ailleurs plafonnée au niveau individuel : un pharmacien titulaire ne peut détenir des participations, directes ou indirectes, que dans quatre sociétés d'exercice libéral de pharmaciens d'officine autres que celle où il exerce personnellement1. Les sources divergent en revanche sur l'existence d'un plafond distinct au niveau de la SPFPL elle-même (certaines évoquent 3 SEL, d'autres 4) : ce point de détail dépend du montage retenu et se vérifie avec un professionnel du droit avant toute structuration, plutôt que de se fier à un chiffre unique.
Les quotas démographiques s'appliquent aussi à votre 2e ou 3e officine
Ouvrir une officine par création reste, en 2026, l'exception : c'est interdit sauf pour atteindre un nouveau seuil démographique, fixé à 2 500 habitants pour une première officine dans une commune, puis 4 500 habitants supplémentaires par officine additionnelle4. C'est pourquoi la quasi-totalité des mouvements de croissance multisite passent par le transfert ou le rachat d'une licence existante plutôt que par la création pure.
Le transfert vers un nouvel emplacement situé dans la même commune que l'officine d'origine n'est soumis à aucune condition de quota démographique.
Les mêmes conditions de quota que pour une création s'appliquent à la commune d'accueil, et la commune de départ doit rester suffisamment pourvue en pharmacies après le départ.
Autrement dit, viser un emplacement dans une commune déjà pourvue en pharmacie suppose de démontrer que la population a franchi une tranche complète de 4 500 habitants supplémentaires depuis le dernier recensement publié5 : une donnée à vérifier avant de s'attacher à un local précis, pas après.
Un deuxième site se finance différemment d'une première installation. Vérifiez ce que votre structure peut réellement porter.
Ouvrir le simulateur de capacité d'emprunt →Le regroupement, voie privilégiée par l'administration
Le regroupement de plusieurs officines en une seule est officiellement encouragé, sous conditions de continuité de service4. Mais toutes les officines n'y sont pas éligibles : seules celles dont l'emplacement d'origine se situe dans une commune reconnue en surdensité officinale peuvent demander à se regrouper6. Si le regroupement se fait vers un nouvel emplacement dans l'une des communes d'origine, aucune condition de quota ne s'applique ; s'il vise une commune différente, les mêmes règles de quota qu'un transfert classique entrent en jeu6.
Le nouveau local doit, dans tous les cas, garantir un accès permanent du public et permettre d'assurer un service de garde ou d'urgence6 : un point de conformité vérifié par l'ARS avant toute autorisation.
La dérogation « territoire fragile » : un raccourci pour certaines zones
L'ordonnance n° 2018-3 du 3 janvier 2018 a créé un régime dérogatoire pour les territoires où l'accès au médicament n'est pas assuré de façon satisfaisante7. Dans ces zones identifiées par arrêté, le directeur général de l'ARS peut autoriser un transfert ou un regroupement en dessous du seuil habituel de 2 500 habitants, y compris en cumulant plusieurs communes contiguës dépourvues d'officine dès lors que l'une d'elles compte au moins 2 000 habitants7. Pour un titulaire qui vise une zone rurale ou périurbaine en tension, c'est souvent la voie la plus réaliste pour obtenir une autorisation, à condition de vérifier en amont, auprès de l'ARS régionale, si la commune visée figure sur la liste des territoires fragiles.
Trois questions à vérifier avant de viser un 2e ou 3e site
- Combien d'officines détenez-vous déjà ?
Vérifiez que votre SPFPL ne dépasse pas la limite de quatre participations en plus de l'officine où vous exercez personnellement. - Le quota démographique est-il respecté ?
Confirmez le seuil applicable (2 500 / +4 500 habitants) selon qu'il s'agit d'un transfert intra ou inter-communal. - La commune visée est-elle en zone fragile ?
Vérifiez auprès de l'ARS si un régime dérogatoire s'applique avant d'écarter un emplacement qui semble sous le seuil.
Avant de vous positionner sur un nouveau site, sachez ce qu'il vaut réellement, pas seulement ce qu'il coûte. Comparez avec un calcul objectif.
Ouvrir le simulateur de valeur de cession →Sources
- Légifrance, Sous-section 3 : Société d'exercice libéral de pharmaciens d'officine (articles R5125-14 à R5125-24), Code de la santé publique, 2026. ↩
- Village Justice (Benjamin Markowicz, avocat), La société de participation financière des professions libérales (SPFPL) appliquée aux pharmaciens d'officine, 2024. ↩
- Légifrance, Décret n° 2013-466 du 4 juin 2013 relatif aux conditions d'exploitation d'une officine de pharmacie par une SEL et aux SPFPL de pharmaciens d'officine. ↩
- Hayot Expertise, Pharmacies 2026 : marché, fiscalité, structure et transmission, mai 2026. ↩
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes (PAPS), Le transfert d'officines, mars 2026. ↩
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes (PAPS), Le regroupement d'officines, juillet 2026. ↩
- Sénat, Réponse ministérielle sur l'ordonnance n° 2018-3 du 3 janvier 2018 relative aux officines de pharmacie, 2026. ↩
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