Le fonds se vend, le bail se transfère, la clientèle reste — mais l'historique patient, lui, vit dans un logiciel qui n'appartient à personne en particulier. Le jour où le nouveau titulaire change d'éditeur, cette mémoire numérique peut tout simplement disparaître.
Une cession d'officine se négocie sur le fonds, le stock, le bail. Rarement sur le logiciel de gestion d'officine (LGO) — et pourtant c'est lui qui porte l'historique de délivrance, le dossier pharmaceutique, les habitudes de suivi des patients chroniques. Le repreneur qui change d'éditeur, ou qui hérite d'un contrat qu'il ne maîtrise pas encore, découvre souvent trop tard qu'une migration de LGO est un projet en soi : audit de l'existant, reprise des données patients et médicaments, formation de l'équipe, période de double saisie1.
Sur un marché où 1 407 cessions ont été enregistrées en 20251, cette bascule numérique concerne chaque année plus d'un millier d'officines — sans que la question soit toujours posée au bon moment, c'est-à-dire avant la signature.
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Le LGO n'est plus un simple logiciel de facturation : il centralise la délivrance SESAM-Vitale, le dossier pharmaceutique, le suivi des patients chroniques, et de plus en plus les entretiens pharmaceutiques et la télésoin. Changer d'éditeur au moment d'une reprise, c'est basculer l'ensemble de cette mémoire vers un nouveau système, sans interrompre la délivrance quotidienne.
C'est un projet qui se compte en mois, pas en semaines : sauvegarde exhaustive des données existantes, audit de reprise par le nouvel éditeur, formation de l'équipe avant bascule, installation en parallèle du système précédent le temps de sécuriser la transition4. Beaucoup de repreneurs découvrent ce calendrier une fois la cession déjà signée — alors qu'il devrait faire partie du diagnostic initial, au même titre que l'inventaire ou le bail.
Qui est responsable des données pendant et après la transition ?
Sur le plan réglementaire, le repreneur devient responsable de traitement au sens du RGPD dès la reprise de l'officine — y compris pour des données collectées par son prédécesseur. Le règlement européen prévoit un droit à la portabilité qui permet à un patient de récupérer ses données dans un format structuré5 ; côté officine, ce principe s'applique aussi, en pratique, à la capacité de l'éditeur sortant à restituer les données au nouvel éditeur ou au nouveau titulaire.
La CNIL a d'ailleurs rappelé ses attentes en la matière en adressant un courrier individuel à plus de 300 officines sur leurs obligations RGPD3. Et le précédent Cegedim Santé — sanctionné 800 000 € en septembre 2024 pour avoir constitué un entrepôt de données de santé sans autorisation préalable3 — rappelle qu'un éditeur de logiciel de santé, même établi, n'est pas à l'abri d'un manquement : le pharmacien reste responsable de la conformité des outils qu'il choisit.
Pour les officines dont l'activité globale annuelle dépasse 2,6 millions d'euros HT, la CNIL considère qu'une analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD) devrait en principe être réalisée2 — un point à vérifier avant de signer un nouveau contrat d'éditeur, pas après.
Le signal qui ne trompe pas : une bascule vécue dans l'urgence
Le changement de LGO est décidé après la cession, sous pression du nouveau titulaire pressé de s'installer. Pas d'audit préalable, formation minimale, double saisie improvisée : l'équipe absorbe le flou et l'historique patient se dégrade au passage.
Le sujet du LGO est traité dès le diagnostic de reprise, au même titre que le bail ou le stock. Sauvegarde, audit de reprise, formation avant bascule : le repreneur démarre avec une base de données fiable plutôt qu'avec une inconnue.
Anticiper la conformité RGPD de vos outils, c'est éviter de découvrir un angle mort après la signature.
Accéder au guide →Ce qu'il faut vérifier avant de changer — ou de garder — un éditeur
Avant toute décision, quelques vérifications s'imposent : l'éditeur dispose-t-il d'une certification HDS pour l'hébergement des données de santé ? Le contrat de sous-traitance prévoit-il explicitement les conditions de restitution des données en cas de résiliation ? Le registre des traitements de l'officine cédée est-il à jour, et transmis au repreneur au même titre que les autres documents de la cession ? Ces questions, trop souvent traitées en fin de négociation, devraient faire partie du diagnostic mené avant la signature.
3 questions à se poser avant la bascule numérique
- L'audit de reprise a-t-il été fait ?
Vérifier avec le nouvel éditeur ce qui sera repris, ce qui sera perdu, et sur quel délai — avant de signer, pas après la bascule. - Qui restitue les données de l'ancien LGO ?
S'assurer contractuellement que l'éditeur sortant transmette l'historique patient dans un format exploitable par le nouveau système. - Le registre RGPD suit-il la cession ?
Transmettre le registre des traitements et les contrats de sous-traitance au repreneur, au même titre que les documents comptables.
Un guide pour structurer vos outils numériques avant qu'ils ne deviennent un point de blocage.
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- La Caisse Idéale, Logiciel caisse pharmacie 2026 : LGO, obligations et comparatif, février 2026 ; Interfimo, Prix de cession des pharmacies en 2025, avril 2026. ↩
- CNIL / Conseil national de l'Ordre des pharmaciens, Guide RGPD — Le pharmacien d'officine et la protection des données, 2023. ↩
- DPO Partage, RGPD et Pharmacie — Ordonnances, carte vitale, fichiers patients, 2026. ↩
- Skello, Pharmacie : les 8 meilleurs logiciels LGO en 2026. ↩
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), article 20 — droit à la portabilité des données. ↩
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