Environ neuf officines sur dix sont groupées, et pourtant la valeur d'un groupement n'a jamais été autant contestée. Ce que chaque camp avance, ce que les chiffres prouvent, et ce qu'ils laissent ouvert.
Entre le rapport Igas-IGF de mai 2026 et la contribution de 15 % prévue par le PLFSS 2027, les groupements sont au centre du débat. Les uns y voient un intermédiaire dont l'effet sur les prix reste à démontrer. Les autres y voient un partenaire de gestion, de formation et de déploiement des nouvelles missions1.
Pour un futur titulaire, un adjoint qui prépare son installation ou un repreneur, la question « groupement ou indépendant ? » mérite donc un regard précis. Cet article met côte à côte les deux lectures, en distinguant ce qui est mesuré de ce qui est déclaré. Précision utile : Médiprix est un groupement. Nous avons donc cherché à citer chaque chiffre avec sa source, y compris quand il ne va pas dans notre sens.
📍 Vous envisagez une reprise ? Évaluez l'officine et son environnement avant de signer, y compris sa relation à un groupement.
Ouvrir la checklist →Presque toutes les officines françaises sont déjà groupées : près de 90 % selon le rapport Igas-IGF, 95 % selon l'Observatoire LPC 2026 cité par le Collectif national des groupements de pharmaciens d'officine (CNGPO)2. La différence entre les deux chiffres tient à la définition retenue, pas à une contradiction de fond : l'immense majorité des titulaires a fait le choix de s'adosser à une structure.
Dans ces conditions, comparer « un groupement » à « l'indépendance » revient à comparer un modèle très répandu à un modèle devenu rare. La vraie question pour un pharmacien est plutôt : que reçoit mon officine, et pour quel coût ?
En octobre 2026, le CNGPO a publié un « Précis des groupements de pharmaciens d'officine » de 31 pages, réalisé par IQVIA pour le CNGPO, en partenariat avec PharmedInsight et Activ'Pharma Conseils. Son message : les groupements sont des sociétés de moyens qui mutualisent compétences et outils, au-delà de la négociation d'achats. Sept familles de services y sont décrites, du référencement et des achats à l'accompagnement des pharmaciens, en passant par le pilotage de l'activité, les nouvelles missions et la préparation à l'installation3.
Les chiffres viennent d'une enquête PharmedInsight menée en juillet 2026 auprès de 400 titulaires :
Ce sont des réponses déclaratives, recueillies pour le compte du collectif des groupements. Elles disent ce que les titulaires utilisent et ressentent (88 % utilisent par exemple les dispositifs d'optimisation des accords), pas le résultat net qu'ils auraient obtenu sans groupement. Nous n'y avons pas trouvé de mesure de cet écart3.
Le rapport rendu public le 7 mai 2026 reconnaît que les groupements mutualisent des fonctions support (formation, comptabilité, systèmes d'information, enseigne, marques distributeurs) et sont devenus des acteurs majeurs de la chaîne de valeur4. Mais il porte un constat dur sur le volet prix : les inspecteurs n'ont pas observé de conditions plus avantageuses sur les génériques pour les officines adhérentes, ni d'écart entre groupements. L'observation repose sur un échantillon de seize officines5.
Le rapport s'intéresse aussi aux contrats : engagements pouvant aller jusqu'à cinq ans, pénalités de sortie pouvant atteindre le montant des cotisations restant dues, approvisionnements imposés auprès de certains fournisseurs. Il note que ces contrats ne sont pas transmis à l'Ordre, contrairement à ceux des structures juridiques des officines. Ces situations sont décrites à partir des contrats consultés par la mission, pas comme une règle générale5.
Effet sur les prix des génériques non démontré sur l'échantillon étudié. Rémunération des groupements jugée insuffisamment justifiée, contrats à rendre plus lisibles.
Valeur portée par les services : gestion, temps libéré, formation, nouvelles missions. Les rémunérations des laboratoires financeraient des prestations réelles.
Un groupement qui détaille ses services, ses coûts et ses conditions de sortie : découvrez ce que Médiprix propose aux pharmaciens et futurs pharmaciens.
Découvrir Médiprix →Aucune de ces sources ne fournit la comparaison que beaucoup de pharmaciens attendent : la marge nette ou l'EBE d'une officine groupée face à une officine non groupée, à taille et zone équivalentes. Nous n'avons trouvé aucune étude publique qui la chiffre. La seule comparaison chiffrée du précis porte sur la survie des officines : entre 2018 et début 2024, 87 % des officines toujours en activité appartenaient à un groupement, contre 78 % de celles qui ont fermé3.
L'écart existe, mais il ne prouve pas à lui seul un effet du groupement. Les fermetures touchent d'abord les plus petits chiffres d'affaires : en 2025, 40 % des officines fermées réalisaient entre 500 000 euros et 1 million d'euros3.
Trois précautions de lecture s'imposent :
Dans un entretien du podcast Pharma Minds, le même avocat lit le rapport comme une interrogation sur la valeur ajoutée des groupements, pas comme une volonté de les supprimer. Il distingue deux terrains. Sur la dispensation classique, où les prix sont administrés, il estime que le rapport voit peu de légitimité pour un tiers. Sur l'accompagnement des pharmaciens, notamment pour sécuriser la compréhension des génériques et des biosimilaires par les patients, il voit davantage de place pour les groupements, à condition qu'ils justifient ce qu'ils font6.
Il s'attend aussi à des contrôles sur les contrats et sur l'indépendance du pharmacien. C'est une analyse personnelle, mais elle rejoint ce que le PLFSS prévoit déjà (rapport annuel, examen des contrats par l'Ordre). Pour un titulaire, la conséquence est simple : le groupement qui détaille ses services et ses coûts sera plus facile à comparer.
Le PLFSS 2027 ajoute une contribution de 15 % sur une partie des sommes versées par les laboratoires aux groupements. Federgy et l'UDGPO estiment qu'elle pourrait coûter indirectement 6 000 euros par an à chaque officine, sans détailler leur calcul, tandis que la FSPF y voit une source possible de financement de la rémunération officinale. Le texte est encore en discussion : mieux vaut, d'ici là, vous appuyer sur ce que votre groupement vous apporte aujourd'hui7.
Aucune étude ne mesure l'écart entre groupé et non groupé, mais des titulaires racontent ce qu'ils ont constaté. À lire pour ce qu'ils sont : des retours individuels, pas des données.
« Les conditions sont toujours là, et on n'a pas à s'en plaindre depuis. Les accords sont toujours aussi bons. »
Yannick Huguenin, Pharmacie de la Prairie, Baume-les-Dames (25)8
« Je pensais que c'était trop gros pour moi. Finalement, il n'y a pas de push, pas d'obligation. »
Adeline Charlois, Pharmacie de la Gare, Hyères (83)8
« Je n'ai pas été déçu, parce que ce qui avait été annoncé était réellement là. »
Franck Dufour, Pharmacie de Burgault, Seclin (59)8
Ces trois phrases répondent aux questions que posent le rapport et le PLFSS : des conditions lisibles, une indépendance préservée, une promesse tenue. Retrouvez d'autres retours sur la page des témoignages.
D'un groupement à l'autre, les conditions varient fortement. Le rapport Igas-IGF relève une cotisation d'entrée allant de 0 à 10 000 € et une cotisation mensuelle de 50 à 2 750 €9. Pour un titulaire, la différence entre deux offres peut donc peser autant que la décision d'adhérer ou non.
Le PLFSS 2027 prévoit justement un rapport annuel adressé à chaque officine et un examen des contrats par l'Ordre, tels qu'ils sont décrits aujourd'hui dans le texte déposé. Raison de plus pour poser les bonnes questions dès maintenant.
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