Un candidat vient de réussir son entretien. Sa première question : quand peut-il poser ses trois semaines de congés ? Ce n'est pas un manque d'engagement, c'est une autre grille de lecture.

Cette scène ne vient pas d'une officine, mais de la grande distribution : Philippe Rovira, ancien cadre du secteur devenu formateur, la raconte pour illustrer un changement qu'il observe sur le terrain depuis plusieurs années1. Un manager formé à l'ancienne y aurait vu un candidat à écarter. En réalité, la priorité n'est pas la même, pas l'engagement.

Le sujet n'est pas propre à la pharmacie. Il touche tous les secteurs où une équipe de comptoir ou de rayon mélange plusieurs générations sous un même titulaire ou un même responsable, et il devient difficile à éviter : d'ici 2030, les générations Y et Z représenteront 75 % de la population active1.

📍 Onboarding en officine : les 30 premiers jours, le protocole qui pose les bases avant même que la question du management générationnel se pose.

Structurer l'onboarding →

Ce que dit la génération Z, chiffres à l'appui

La génération Z représente aujourd'hui environ 30 % des actifs en France2. Les enquêtes internationales convergent sur un point : le sens donné au travail pèse plus lourd que pour les générations précédentes. 96 % des répondants jugent important d'avoir un travail qui a du sens, soit dix points de plus qu'il y a trois ans2.

La santé mentale est un sujet ouvertement posé, pas caché : 48 % se disent en situation de burnout, 34 % se sentent anxieux ou stressés la majeure partie du temps2. Mais la relation au manager progresse quand elle est prise au sérieux : 72 % des répondants se disent en confiance avec leur manager, quinze points de plus que l'année précédente2. Autre signal utile pour un titulaire : parmi ceux qui ont un ami proche au travail, 48 % envisagent de rester au moins cinq ans dans l'entreprise, contre 33 % pour ceux qui n'en ont pas2. L'ambiance d'équipe n'est pas un supplément d'âme, c'est un facteur de rétention mesurable.


Ce que d'autres secteurs ont déjà changé

En grande distribution, Philippe Rovira résume le déplacement en une phrase : « on ne manage pas un X comme on manage un Z »1. Les équipes qu'il accompagne ont ajusté trois choses concrètes : un suivi de l'absentéisme et du turnover par génération plutôt qu'un chiffre global, une réunion d'équipe mensuelle par rayon pour garder un rythme d'échange régulier, et une performance sociale (l'ambiance, la cohésion) traitée comme un indicateur à part entière, pas comme un supplément à la performance commerciale1.

Dans la tech médicale et la finance, un autre levier s'est installé : le mentorat inversé. Chez Medtronic France, des collaborateurs plus jeunes forment leurs collègues seniors aux outils numériques, pendant que ces derniers transmettent leur connaissance du métier3. Chez Citibank, un partenariat avec l'université de Miami associe des étudiants à des cadres supérieurs sur des projets concrets, notamment les paiements mobiles3. Dans les deux cas, la logique est la même : le junior n'est pas seulement formé, il forme aussi.

Management à l'ancienne

Un seul mode de communication pour toute l'équipe, l'ancienneté seule fait autorité, l'ambiance est un sujet secondaire tant que les chiffres sont bons.

Management ajusté

Canaux adaptés à chaque profil, mentorat dans les deux sens, cohésion d'équipe suivie au même titre que les indicateurs commerciaux.

Transmettre ne s'arrête pas à sa propre équipe : la Fondation Médiprix accompagne chaque année 24 étudiants en pharmacie via bourse, mentorat et réseau.

Découvrir la Fondation →

Ce que ça change concrètement au comptoir

Amélie Favre Guittet, directrice Stratégie & Marketing RH chez Madircom et experte du sujet, résume l'essentiel en une idée : regarder les compétences de chacun plutôt que sa date de naissance4. Concrètement, ça se traduit par trois leviers transposables tels quels en officine.

D'abord, adapter les canaux sans niveler par le bas : un message court sur l'outil de messagerie interne pour un rappel de planning, un échange plus posé en tête-à-tête pour un sujet de fond, selon la personne en face.

Ensuite, organiser le mentorat dans les deux sens : un adjoint qui vient d'être diplômé peut très bien montrer à un titulaire comment utiliser un nouvel outil numérique ou une fonctionnalité IA, pendant que ce dernier transmet quinze ans de connaissance du comptoir et de la patientèle.

Enfin, diagnostiquer avant de former : elle recommande de partir d'un état des lieux réel de l'équipe plutôt que d'appliquer une méthode toute faite, puis de faire vivre les apprentissages sur des projets concrets où les générations travaillent ensemble4.

Le point de départ reste le même qu'ailleurs : la différence générationnelle n'est pas un problème à résoudre une fois pour toutes, c'est un paramètre à intégrer dès l'onboarding et à réajuster en continu.


3 questions à se poser sur son équipe

  • Un seul canal pour tous ?
    Si tout passe par le même outil, une partie de l'équipe décroche sans le dire.
  • Qui forme qui ?
    Si la transmission ne va que dans un sens, la moitié du savoir de l'équipe reste inexploitée.
  • L'ambiance est-elle suivie ?
    Si seuls les chiffres de vente sont regardés, les signaux de départ arrivent trop tard.

Manager une équipe multigénérationnelle commence par une marque employeur claire : le guide complet, avec diagnostic d'équipe et protocole d'accueil des 15 premiers jours.

Faire le diagnostic →

Sources

  1. Je Bosse en Grande Distribution, Manager la génération Z en grande distribution : « On ne manage pas un X comme on manage un Z », entretien avec Philippe Rovira, 10 août 2026. Lien.
  2. Deloitte, Global Gen Z and Millennial Survey, 2026 (chiffres France, Institut Montaigne, cités par Qualisocial). Lien.
  3. Hello Workplace, Le « reverse mentoring », la nouvelle transmission du savoir en entreprise. Lien.
  4. Amélie Favre Guittet (Madircom), Quatre générations au travail : comment éviter le choc et créer la coopération, interview vidéo, Lefebvre Dalloz Compétences. Lien.
Olivier Spaeth
Olivier SpaethMédiprix